Friches industrielles et pollution des sols

Pollution des sols, le scandale caché (documentaire de France 5 )

 

Documentaire passionnant réalisé par Sarah Oultaf et diffusé sur France 5 mardi 20 janvier 2015.

Le sujet : les ravages de deux siècles d’industrialisation sur nos sols, ou comment de nombreuses industries ont déversé en tout impunité leurs surplus toxiques, avec des conséquences terribles sur notre santé aujourd’hui.

Il faut savoir qu’on dénombre 400 000 terrains dits toxiques en France, encore en activité ou en friche. Arsenic, pyralène, plomb, amiante, uranium, nos sols forment à certains endroits un cocktail explosif dont on est incapable à l’heure actuelle de mesurer les conséquences et l’impact futur sur notre santé et celle de nos enfants.

Seule solution d’après les spécialistes : dépolluer les sols. Malheureusement, à travers l’étude de quelques sites, le reportage nous en apprend beaucoup sur l’inaction, voire la complicité coupable des services publics qui choisissent bien souvent de fermer les yeux, surtout quand leur propre intérêt est en jeu.

Totalement édifiant, voici ce qu’il faut en retenir.

L’ancienne mine de Salsigne dans l’Aude.

Le site a abrité la première mine d’or française, au début du 20ème siècle ; abandonné en 2004, il contient 7 millions de tonnes de déchets stockés dans ce qu’on croit être une colline. L’État a décontaminé les lieux en laissant néanmoins sur place l’essentiel des déchets toxiques.

Résultat : 10 ans après l’arrêt de la mine et une dépollution mal gérée, le ruisseau dans la vallée contient un taux d’arsenic 150 fois supérieur à la norme, sans compter sa couleur rouille peu engageante et les matières visqueuses qui s’y sont déposées.

L’usine Palpack dans l’Indre-et-Loire.

Cette usine déclare en 2006 une activité de recyclage de palette en bois et de grands emballages alimentaires. Déclarée en faillite depuis, l’entreprise a déserté des bâtiments qui abritaient en réalité des substances chimiques et fûts toxiques divers, dont certains soigneusement enterrés. Partie sans dépolluer..

Les riverains pourtant avaient donné l’alerte en constatant que les poissons des ruisseaux voisins mouraient intoxiqués. Mais le Maire et le Préfet, bien qu’ayant le pouvoir d’agir et de faire fermer une entreprise qui pollue, ne sont pas intervenus. Peut être parce qu’il s’agissait d’un petit terrain, loin de la ville, et que la Préfecture se réservait pour les plus gros dossiers.. Sauf que ce ne sont pas toujours les grandes entreprises qui polluent le plus.

L’usine d’amiante à Aulnay-sous-Bois, en Île-de-France.

Construite en pleine ville, tout près de deux écoles maternelle et primaire, cette usine a probablement contaminé, entre 1937 et 1976, plus de de 11 000 élèves, sans compter les 40 0000 riverains exposés pendant toutes ces années aux poussières disséminées par le vent ; malgré de nombreuses pétitions déposées durant des décennies par ces habitants, appuyées par les divers contrôles sanitaires effectués par les services d’hygiène de la commune, les différents préfets n’ont pas bougé le petit doigt.

Était-ce parce que cette entreprise travaillait pour l’État qu’elle n’a jamais été inquiétée ?

Le site de Vaujours en Seine-Saint-Denis.

Le ministère de la Défense a occupé pendant plus de 40 ans des bâtiments sur un terrain de 31 hectares, dans le cadre d’opérations relevant du nucléaire . Dépollué par le Commissariat à l’Énergie Atomique à son départ, l’ensemble est racheté en 2010 par l’entreprise Placoplâtre, géant français du plâtre. Le site intéresse particulièrement cette société du fait de la présence de gypse, ressource minérale indispensable à la fabrication du plâtre. Inquiétés par les poudres toxiques soulevées par l’extraction de ces gisements, les riverains là encore se mobilisent pour connaître le degré de contamination de l’emplacement.

Car en effet, bien que la dépollution des lieux ait été validée en 2002 par le ministère de la Santé et du Travail, des mesures de radioactivité effectuées depuis par des associations indiquent que de l’uranium notamment est encore présent dans les murs des bunkers.

Un véritable bras de fer s’engage alors entre ces associations et l’État, avec une dernière expertise en février 2014, dans laquelle l’État est cependant bizarrement juge et partie… D’où une certaine contradiction entre les relevés effectués par les différents intervenants.

L’écoquartier de Limeil-Brevannes, dans le Val-de-Marne.

Il est construit sur une ancienne propriété des Hôpitaux de Paris, une friche de 10 hectares qui n’était ni plus ni moins qu’une décharge sauvage ayant recueilli pendant plus d’un siècle des produits toxiques en tout genre : pyralène, plomb, cuivre enfouis pour certains jusqu’à plusieurs mètres sous terre.

Dépollué par la précédente municipalité avant d’être vendu à des promoteurs immobiliers, ce site n’a fait l’objet d’aucun constat d’expert privé, censé en valider la dépollution. D’où la préconisation surprenante de l’Agence régionale de santé d’éviter la culture de produits alimentaires sur ces terrains…
Recommandation émise juste oralement aux propriétaires et qui ne figure pas sur les contrats de vente .

Le maire actuel de la commune reconnaît que : « la consigne est de construire, on manque de logements et on a donc une pression forte de l’État, des préfets et des promoteurs … alors on ne se pose pas de questions ».

Sachant que ces friches industrielles sont une manne pour les villes en quête de terrain pour y construire des logements, et que ces écoquartiers deviennent de plus en plus à la mode, il y a de quoi s’inquiéter…

Annie Thébaud Mony, chercheuse en santé publique à l’INSERM résume clairement la situation : « si les enjeux économiques ne primaient pas sur la santé des ouvriers et des riverains, les contaminations pourraient être évitées. On est dans une situation de conflit entre la santé publique (l »intérêt général) et un intérêt stratégique, c’est à dire économique ; et là, la santé est toujours perdante. »

En attendant, reste qu’à l’échelle nationale, les chiffres du cancer explosent : dans les années 80 on dénombrait 150 000 nouveaux cas par an. En 2012, c’est 355 000 nouveaux cas qu’on comptabilise, directement associés à l’explosion de cancérogènes résultant des risques industriels.

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A Aulnay-sous-Bois, seules 120 personnes ont perçu à ce jour une indemnisation, suite aux cancers officiellement liés à l’amiante.

A Courtry, commune qui jouxte le site de Vaujours, une étude menée récemment constate que les décès dus à des cancers sont plus élevés que la moyenne en Île-de-France :1 décès sur 2 (contre 1 sur 3 en Île-de-France) . Cependant, ne s’agissant pas encore d’une catastrophe sanitaire, l’Agence régionale de santé a décidé de ne pas donné suite à cette étude.

Le constat alarmant de ce reportage est, d’une part, que le principe de pollueur payeur reste encore une douce utopie. Selon Marie-Odile Bertella-Geffroy, juge d’instruction au TGI de Paris, il faudrait inscrire le délit de pollution dans le Code pénal pour espérer faire enfin bouger les lignes…

D’autre part, on ne connaît pas encore suffisamment l’impact de la plupart de ces poisons sur notre santé. Certains cancers peuvent se déclarer de nombreuses années après l’exposition aux produits toxiques.

Même si quelques agences sanitaires tirent la sonnette d’alarme, le chemin semble encore long pour qu’une réelle prise de conscience des pouvoirs publics empêche le lent mais certain empoisonnement des générations futures…

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